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Le masque - JACQUELINE OSTERRATH

Le masque - JACQUELINE OSTERRATH 
  
Que ce conte soit à peine fantastique, sauf de façon allusive, et que sa conclusion laissée en suspens puisse décevoir, nous n'en avons pas moins tenu à le sélectionner, car le talent léger et bien féminin de l'auteur nous semble plein de charme, et digne d'être encouragé. Nous souhaitons que Jacqueline Osterrath, qui n'en est qu'à ses débuts, nous offre un jour une véritable œuvre fantastique. Elle en est capable4 . 
    
Ses élèves le surnommaient Faust, car il y avait en lui quelque chose de romantique et d'insatisfait. Son visage, jeune sous d'épais cheveux blancs, évoquait la fuite des siècles et l'élixir d'éternelle jouvence. 
À la froide clarté tombant de la verrière, des chevalets se dressaient, avec leur charge de glaise. Une fille posait, indifférente, sur une estrade. Dans d'autres ateliers, sans doute, eût régné une gaieté facile d'étudiants. Mais ici, la présence de Faust paraissait glacer tout élan. Et, s'éloignait-il, on n'osait qu'à peine élever la voix ou risquer un rire : avant de franchir la porte drapée de rouge, il semblait que son ombre se détachât de lui, pour rester surveiller les élèves à sa place. 
Ariane avait seize ans ; elle était belle et n'osait y croire. 
La timidité la paralysait, s'ajoutant au désespoir d'un impossible amour : le Maître était son univers, lui dont on racontait que jamais il n'avait souri, que jamais son regard ne s'était arrêté, complaisant, sur un visage de femme. Et pourtant, nombreuses étaient celles qui s'offraient à poser pour lui, piquées de son indifférence. 
Ariane eut donné tout au monde pour tirer de l'argile une forme parfaite, capable, à défaut d'elle-même, de fixer l'attention du Maître. Mais ses doigts, toujours, la trahissaient, et lorsque Heinrich Faust s'arrêtait près d'elle, ce n'était que pour lui donner, d'une voix sans inflexions, quelques conseils, une critique d'autant plus cinglante que justifiée. 

* * 
Un jour, selon la tradition, le plus ancien élève prit un moulage de la jeune fille. Elle sentit alors, sur son visage, se fermer peu à peu le masque de plâtre, de plus en plus lourd, de plus en plus chaud, étreinte d'une main fiévreuse, qui l'étouffait lentement. Puis, comme elle pensait suffoquer, deux coups secs fendirent la croûte blanche et la libérèrent. 
Le « positif » une fois coulé, l'image d'Ariane, charmante et fantomatique, s'en fut rejoindre au mur la file déjà longue de ses prédécesseurs. La jeune fille fut heureuse de songer qu'un peu d'elle-même restait ainsi en ces lieux et rappelait au Maître son existence, alors même qu'elle ne s'y trouvait pas. 
Mais le soir, et l'atelier vide, y revenait-il seulement ? ou bien demeurait-il, solitaire, dans son appartement, derrière la porte drapée de rouge ? 
Or, cette porte, il advint une fois que Faust oublia de la refermer. Traversant l'atelier, il sortit, et son pas décrût dans l'escalier. 
Brûlant de curiosité, Ariane jeta un coup d'œil autour d'elle. Il n'y avait, ce jour-là, que peu d'élèves, dont aucun ne l'observait. Elle se glissa sous la tenture pourpre, attendit un instant ; mais personne ne la rappela, pour lui demander ce qu'elle y faisait. 
Doucement, elle poussa le vantail, se trouva dans un vestibule, ouvrit une autre porte au hasard. 
C'était le bureau du Maître. Tout y était silencieux, mais Ariane eut cependant l'impression d'une présence. Comme attirée par un aimant, elle leva les yeux. Au-dessus de la cheminée, dans un grand cadre ovale, sur fond de velours noir, un masque de plâtre semblait illuminer la pièce de sa splendeur blanche. Jamais Ariane n'avait contemplé visage d'une telle beauté. Elle soupira : sans doute était-ce là sa rivale inconnue, celle pour qui Heinrich Faust dédaignait, obstiné, toutes les autres femmes. 
Pour la mieux observer, elle s'assit timidement au bord d'un large divan, juste en face du portrait. Puis elle osa s'appuyer aux coussins, derrière elle, et bientôt, tentée par leur douceur moelleuse, s'étendit plus à l'aise. 
Ses yeux, à trop contempler le masque éclatant, cillèrent. Ariane s'endormit. 
Une main effleurant son front la fit s'éveiller. Faust était près d'elle. 
Ariane aurait eu, certes, toutes les raisons de fondre en larmes et de s'enfuir, après une excuse hâtivement balbutiée. Mais, à son propre étonnement, elle se contenta de sourire et de demander : 
— « Qui est-elle ? » 
Et le Maître alors, le taciturne, lui conta son histoire. 
Bien des années auparavant, une femme l'avait aimé, splendide et sûre d'un pouvoir qu'elle se vantait parfois de tenir autant de sa beauté que de sa science des choses occultes, et surtout des philtres. 
La chambre où elle le recevait était pleine de symboles magiques, de cartes du ciel et de livres portant les titres de toutes les « Mancies ». Il y passa des heures ardentes. 
Puis, un jour, l'envoûtement cessa. S'était-il simplement lassé d'elle, ou bien, quelque erreur se glissant dans une formule incantatoire en avait-elle à jamais détruit les effets ? Dès lors, elle cessa d'être pour lui l'Enchanteresse, pour redevenir une simple femme, dans un décor de magie noire, artificiel et prêtant au sourire. 
Il décida de la quitter. Et, certes, il s'attendait à des pleurs, des cris forcenés. Mais elle garda tout son calme et, seule, sa pâleur trahit son émotion : 
— « Pars, » dit-elle. « Mais je me vengerai. » 
La menace le troubla quelque temps. Puis il l'oublia. 
D'autant plus vite qu'un autre amour se levait dans sa vie : une nouvelle élève, qui venait de s'inscrire à l'atelier, si blonde, si pure, et combien différente de la sombre Médée dont le souvenir l'inquiétait encore. 
Il lui avoua sa tendresse et ne fut pas repoussé. Un bonheur jamais ressenti le comblait, s'exaltant à mesure qu'approchait la date du mariage. 
Ébloui par la grâce de sa fiancée, il ne lui arrivait que bien rarement de s'interroger sur ce que pouvaient être son caractère et son âme – et parfois, dans un éclair, il lui apparaissait qu'elle n'en avait pas. Douce et docile, répondant aux caresses, mais ne les appelant jamais, elle évoquait moins une femme de chair et de sang qu'une poupée charmante, un automate. Mais il repoussait aussitôt ces pensées, comme absurdes et sacrilèges. 
Puis un jour, pour la première fois, il l'entendit exprimer un désir, avec une étrange insistance : 
Trop heureux de lui être agréable, il la fit asseoir dans un grand fauteuil et, gâchant le plâtre au degré voulu, en recouvrit peu à peu ses traits délicats. 
Et l'impossible drame survint. 
Éprouvant du bout de l'ongle la consistance du plâtre, qui durcissait lentement, il lui sembla qu'il s'échauffait plus qu'il n'eût été normal. Et sous ses doigts, alors, en une seconde, la croûte blanche arda soudain, comme un métal au feu. La jeune fille, après un sursaut, retomba, immobile. Une odeur monta, atroce, de chair brûlée. Comme un fou, il tenta d'arracher le masque, qui céda tout de suite, révélant, non plus le visage adoré, mais une tête de mort grimaçant sous des lambeaux grillés, sanguinolents. Il s'enfuit, épouvanté. 
Des heures durant, il marcha dans la ville, au hasard, pour se trouver enfin, sans savoir comment il y était venu, dans une rue tranquille, devant la petite pension de famille où sa fiancée avait dit habiter. 
— « Mais je vous prie de n'y pas venir, » avait-elle ajouté. « La directrice en est charmante, mais stricte, et n'approuverait pas de visites masculines. » 
Il sonna. Une aimable vieille dame vint ouvrir. Il lui dit le nom de la jeune fille morte. Elle en parut surprise : 
— « Je ne la connais pas. » 
Il reprit sa marche. La nuit de printemps, tiède, s'alanguissait autour de lui. 
Enfin, il trouva le courage de rentrer. Tremblant, il ouvrit la porte, le cœur chaviré en songeant à l'affreux spectacle qui l'attendait. 
Mais l'atelier était vide. Aucun cadavre ne gisait, mutilé, dans le grand fauteuil. 
Il perdit connaissance. 
Lorsqu'il se réveilla, les souvenirs, d'abord, ne lui revinrent qu'à la manière d'un cauchemar confus. Puis il vit sur le sol un moulage de plâtre, un négatif, dont la tache claire l'éblouit. 
— « Jamais plus, » acheva-t-il, « je n'ai revu, morte ou vivante, ma fiancée. Jamais non plus je n'ai pu découvrir sa famille ou son origine. Elle ne m'apporta le bonheur que pour mieux me le reprendre, et me laisser brisé. Parfois, il m'arrive de me demander si tout cela ne fut pas un rêve. Mais comment réfuter ces deux preuves : le masque, mystérieux, dans son cadre de velours noir – et mes cheveux, devenus tout blancs dans le seul espace de cette nuit terrible ? 
» Alors, je songe à la menace ancienne, aux paroles, jadis, de Médée : « Je me vengerai. » 
» Et je n'ose plus désormais céder à l'amour, craignant de voir celle qui pourrait être mon bonheur succomber, comme l'autre, à quelque obscure malédiction. » 
Ariane, sans l'interrompre, avait écouté le long récit. 
— « Je vous aime, » dit-elle simplement. 
— « Je vous aime, Ariane. » 
Il voulut l'enlacer, mais elle détourna ses lèvres et, souple, lui échappa. 
Il entendit la porte rouge se refermer sur elle et demeura prostré : « Elle a peur à présent, » songea-t-il, « et me fuit. Comment pourrais-je l'en blâmer ? » 
Mais la jeune fille déjà revenait, portant un large bol empli jusqu'au bord de plâtre gâché : 
— « Prenez l'empreinte de mon visage, » dit-elle. « Après seulement, mon amour, vous pourrez m'embrasser. »

(c) Bernard SAUNIER - Créé à l'aide de Populus.
Modifié en dernier lieu le 16.05.2024
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